Interview Rémy Biechel de la Team Party Poker
Zone poker : Age, profession.
Rémy Biechel : 41 ans, joueur de poker professionnel.
ZP : depuis combien de temps tu joues au poker ?
RB : au texas holdem, il y a 5 ans, sinon je joue depuis l age de 16 ans au rami, tarot,belote, yam et vers 18 ans, j ai commencé le poker fermé.
ZP : c’est quand ton prochain tournoi ?
RB : le championnat de Belgique, la semaine prochaine. C’est un tournoi que j’apprécie, j’y suis toujours bien accueilli, et la structure du tournoi est magnifique. C’est un tournoi où le field ( les joueurs ) ont un niveau un peu plus faible, vu qu’ils peuvent se qualifier par des satellites à des tarifs vraiment abordables ( 10 euro, 30 euro ). Le tournoi coute 1 700 euros, et les organisateurs prévoient 1 800 joueurs environ.
ZP : Comment es-tu devenu joueur de poker ?
RB : A l’époque, je jouais dans un bar avec des amis au poker fermé, je gagnais 8 fois sur 10 et un jour,ils ne voulaient plus jouer avec moi… J’étais gagnant au tarot, au rami, au poker fermé donc je me suis dis qu’il n y avait pas de raison pour que je ne le sois pas au texas holdem donc me voilà joueur de texas holdem. Au poker fermé, j étais assez doué et lorsque je suis arrivé au texas holdem,ce fut un peu plus compliqué que je ne le pensais, malgré mon aptitude pour les jeux de cartes. La variance est quelque chose qui n’existe pas au poker fermé, alors qu’au texas holdem, c’est un élément récurent.
ZP : comment tu prépares tes tournois ?
RB : J’aime bien, une demi-heure avant le tournoi, m’allonger sur le dos et somnoler. Malheureusement, parfois, au vu de mon statut, je dois répondre aux médias et je pense que ça te bouffe un peu de ton énergie et de ta concentration. Mais je me rappelle avoir dormi 12 heures avant un gros tournoi et j ai sauté au bout d’une heure et là, je viens de faire 2 nuits blanches et j ai fais deuxième du tournoi hebdomadaire à 500 euro de l’Aviation Club de France, hier soir . Avec l’expérience, que je sois dans de bonnes conditions ou pas, j’arrive à jouer un poker optimum. Le sport m’aide à transformer la mauvaise agressivité en bonne agressivité et avoir un rythme de vie sain, c’est toujours mieux. Le mieux c’est de trouver son rythme, même si c’est : s’endormir à 4h du matin, aller en boite etc… il n’y a pas de recettes miracles, il faut juste écouter son corps et ses besoins.
ZP : comment tu es passé de joueur semi pro à joueur pro ?
RB : je faisais déjà pas mal de résultats et j’ai eu la chance de rencontrer un homme d’affaires, qui a cru en moi et m’a aidé financièrement donc j’ai fait le grand saut. A l’époque, je travaillais dans les télécom et c’était compliqué de partir une semaine faire des tournois, revenir, se remettre au boulot.Dans ce milieu, c’était déjà la crise, pas celle que l’on connait maintenant mais on avait beaucoup moins de boulot, donc ils m’ont licencié, non pas à cause du poker, çà j’y tiens, mais parce qu’il n’y avait plus de boulot. Lorsque je travaillais,j’enchainai 6 heures de boulot puis je partais directement au cercle, jouer. Je dormais 6 h par nuit, durant cette période, j’ai perdu 14 kg. C’était un passage obligé. Il fallait que je fasse beaucoup de volumes, pour perfectionner mon jeu. Vu mon age, je me devais de jouer beaucoup plus que les autres, pour parfaire mon retard. J’avais des objectifs à réaliser, maintenant j’en ai toujours mais j’ai plus de temps, vu que je ne travaille plus, pour les réaliser.
ZP : tu arrives à avoir un rythme de vie plus sain ?
RB : Effectivement, le fait d’être sponsorisé par PartyPoker, me permet de moins jouer en cash game, d’avoir moins de pression financière et surtout, je n’ai plus à gagner l’argent pour me payer un tournoi. Donc,j’ai récupéré un rythme plus sain, j’ai le temps de faire du sport, de voir mes amis, c’est important de s’évader de temps en temps du monde des cartes. N’oublions pas que j’ai aussi la chance d’avoir, en la personne, de Grégory Chochon ( le boss de PartyPoker France ) une aide, non négligeable, lorsque j’ai un problème d’intendance, ce qui me facilite beaucoup ma vie. J’évite aussi de jouer la nuit en cash game et en tournois, les tournois internationaux étant essentiellement dans des horaires normaux, ça me permet de mieux structurer ma journée.
ZP : quels sont tes objectifs pour 2010 ?
RB : garder mon sponsor ( il doit renouveler son contrat en février ) et remporter un tournoi international. L’opportunité, je vais l’avoir, vu que le groupe PartyPoker vient d’acheter le world poker tour, ce qui va me permettre de faire plus de tounois avec des buy in à 10 000 $. Je les ferai dans de meilleurs conditions, car être sponsorisé par le groupe sponsor de l’événement est, indéniablement, un plus. Effectivement, en ce moment, je run bad ( Rémy n’a pas fait de résultats depuis 4 mois, à part hier soir ) mais cela fait parti de la variance et lorsque ça va tourner, c’est sur que je vais en gagner un ou faire un podium. Ce n’est pas pour être prétentieux, mais je sais que j’ai progressé, je joue bien en ce moment donc il n’y a pas de raison que ça se passe autrement. En deux ans, j’ai gagné beaucoup d’argent en tournois ( plus de 750 000 euros ) sans sponsor, mais avec un partenaire financier, donc je n’ai pas mis tant que ça de coté, vu l’arrangement qu’on avait. Maintenant, étant sponsorisé, si je gagne un tournoi, j’aurai enfin créé l’écart ( ce que tout joueur de poker recherche, c’est a dire, gagner un gros tournoi pour mettre beaucoup d’argent de coté et pallier à toute déconvenue financière possible ), donc t’imagines que ma motivation est décuplée, de toute façon, c’est sur, je vais gagner un tournoi international, cette année et pis c’est tout. Je vais aussi m’atteler, à représenter au mieux PartyPoker en France mais aussi à l’étranger, en étant un ambassadeur avec des résultats probants, pour que mon nom soit au même niveau que le site que je représente.
ZP : t’es content de ta saison?
RB : je suis content de ma progression mais je suis quand même frustré. J’ai gagné le side event à 5000 euros de L’Ept de Monaco, avec un très gros field, devant de très bons joueurs, j’ai partagé à Las Vegas un tournoi à 5 000 euros mais j’ai fait aussi 7 ou 8 Ept et je n’ai fais qu’une seule place payée.Tout joueur pro qui se respecte doit gagner un tournoi majeur pour gagner le respect de ses pairs, et moi, qui veut rentrer dans le top 10 français, il me faut cette victoire, et ça sera l’année prochaine. Chaque année, je me fixe des objectifs et pour l’instant je les tiens. Cette année, c’était trouver un sponsor (chose faite) et finir en positif, malgré mes 4 mois de vache maigre. Je devrais largement y arriver, en faisant une ou deux gagnes dans des tournois avec des buy in moins élevés ( c’est bien parti !).
ZP : C’est quoi ta variante préférée ? Et à quelles limites joues tu en cash game en live et online ?
RB : En tournois, le texas holdem no limit. En cash game, en live, j’aime la 5€/5€ de l’Aviation Club de France ( table au buy in de 250 euro ). On line, je joue à la 1$/2$ sur Party Poker. Je joue environ, sur une douzaine de tables en même temps,je cave toujours au maximum, mais je suis un tout petit peu perdant.
ZP : Comment analyses tu ton jeu online ?
RB : j’utilise poker tracker, et c’est justement grâce à cet outil, que je vais améliorer mon jeu pour devenir un joueur gagnant sur le net. J’ai joué près de 200 000 mains, et je me suis fixé comme objectifs dans jouer 400 000 ( il devrait y arriver en février ), pour vraiment trouver mes faiblesses et les corriger. J’avais beaucoup de retards sur internet, je m’y suis mis, sérieusement, que très tard, mais grâce aux nouveaux outils, qui sont géniaux, je pense pouvoir combler ce retard très rapidement et monter de limites d’ici quelques mois. Le jeu online m a permis de perfectionner mon jeu et d’améliorer encore ma lecture ( pour vous donner un exemple du niveau de la lecture de Rémy, lors de l’étape finale du Barrière Poker Tour à 2000 euro, il a payé, à la river, à tapis, son adversaire, sur un board 2 2 4 6 10 avec A7 dépareillés, après 3 mises successives de son adversaire au flop, au turn et à la river …et il a remporté le pot ).
ZP : Tu joues à d’autres variantes ?
RB : j’adore l’omaha, je joue en live, à l’Aviation Club de France, à la 100 blinds 2/4 et je ne vais pas tarder à monter de limites. Sur internet aussi je joue en omaha, toujours aux blinds 1$/2$. Le problème, sur internet, je ne joue pas encore aux niveaux de blindes qui m’intéressent, mais c’est parce que je veux encore progresser pour monter de blinds, avec des armes, prêt à en découdre avec les meilleures et pour cela il faut que je passe les échelons, un par un, donc je suis patient.
ZP : Tu vis bien, très bien du poker ?
RB : je suis gagnant, en cash game, en live et je suis gagnant, en tournois, en live donc je vis bien, pas encore très bien mais c’est parce que j’investis beaucoup de ma bankroll, dans des tournois.
ZP : Ton cercle préféré ?
RB : L’Aviation Club de France, c’est là ou je me sens le mieux et la clientèle est bien. Il y a une discipline que je n arrive pas à retrouver dans d’autres endroits.
ZP : Ton site préféré ?
RB : Party Poker
ZP : Comment gères-tu le fait d’être joueur professionnel vis à vis de ta famille ?
RB : Au début, c’était compliqué, je viens d’une famille d ouvriers et mes parents me voyaient avec la maison en banlieue, une vie rangée, des enfants mais ils l’acceptent car ils me voient heureux. J’ai été très franc avec eux, je leur ai tout expliqué, même si, parfois je parle chinois pour eux. Lorsque je suis chez eux, mon père reste derrière moi quand je joue sur internet. Mais, lors de périodes de doute ou de mauvais résultats, comme récemment, ils essaient de me faire comprendre que c’est peut être le moment de retourner travailler. J’ai, longtemps, caché à mes parents que je jouais à l’époque des parties de poker fermé. Elles n’étaient pas toujours très bien fréquentées et c’étaient souvent dans des endroits clandestins. Le texas holdem a assaini, ce milieu, mais je ne regrette pas d’avoir jouer à cette époque. Je leur ai souvent dis, que si je perdais mon sponsor et que je n’avais plus une bankroll suffisante, je retournerai sans problème, travailler. Entre nous, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour, vu que je vais gagner un tournoi international en 2010.
ZP : combien de temps joues-tu au poker par semaine ?
RB : un peu près 50 heures, quand je ne suis pas en tournois. Par contre, lorsque je suis en semaine de tournois, je ne joue que le tournoi et je fais tout pour m’éloigner des cartes et des casinos ( piscine, shopping, bouffes entre potes ) pour rester bien focus sur mon objectif.
ZP : quelle est la question que j’ai oublié de te poser ? et la réponse ?
RB : quand est-ce que je te stack ( c’est le fait de payer des tournois à un autre joueur, tout en prenant un pourcentage, sur d’éventuels gains )? la réponse est lorsque je ne serai plus broke ( vous êtes témoins amis lecteurs, desqu il gagne son tournoi international, il s’est engagé à me payer des tournois, toujours bon à prendre …). Sérieusement : pourquoi je fais ça ? Parce que j’aimerai bien rendre la vie de mes parents un peu plus belle.
ZP : Ta main préférée?
RB : 75
ZP : La main que tu détestes ?
RB : KQ
ZP : Le truc qui te donne la force de tenir lors de longues sessions ?
RB : L’envie de gagner
ZP : Le moment que tu préfères en tournois ?
RB : Leaccomplissement d un effort, en gros, le soulagement lorsque tu gagnes un tournoi
ZP : Le moment que tu détestes en tournois ?
RB : L’inscription, faut faire la queue
ZP : Le mot ou la phrase après un énorme bad beat ?
RB : Rien, j’encaisse, j’en prendrai toujours et j’en infligerai aussi.
ZP : La personne qui illustre le mieux le poker en France ? A l’étranger ?
RB : Rémy Biechel ahahahah / Freddy deeb et Joe Hachem
ZP : Le métier que tu aurais pu faire à la place ? Le métier que tu aurais détester faire ?
RB : Footballeur / patron de café ( et pourtant il a passé beaucoup de temps dans les salles obscures des bars )
ZP : Si t’étais un bad beat tu serais lequel ?
RB : Le runner runner quinte flush avec 75 à pique
ZP : La phrase ou le mot que tu dis après un moment fort ou une river miraculeuse ?
RB : Wahou quand je suis pas dans le coup, et je dis rien quand je suis dans le coup, trop de respect pour l’adversaire.
ZP : Qu’aimerais tu que te dises le dieu du poker, à ton arrivée au paradis des joueurs ?
RB : Prends ma place, excuse moi je t’attendais, comment je pourrai être dieu de toi ?
ZP : Sur ton épitaphe que voudrais tu qu’on écrive ?
RB : Rien, j’aime pas la mort.
ZP : La dernière question : ton top français, et top international ?
RB : Elky,Antoine Saout, Antony Roux
Daniel Negreanu, John Juanda, Dario Miniéri, Gus Hansen, Eric Seidel